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Eté

Mis à jour : juin 20

A l'échelle d'une journée, c'est l'après-midi ; à l'échelle d'une année, c'est le temps du mûrissement & à l'échelle d'une vie, la jeunesse.

Nous en arrivons désormais au summum de la durée d'ensoleillement, en ce jour du Solstice d'été. Les Celtes célébraient alors Tantad, littéralement "Feu-Père", tandis que de l'autre côté de la Roue de l'Année, c'est Modra Necht, la "Nuit-Mère", qui est à l'honneur.


Si l'axe Beltane/Samhain est celui de l'incarnation & de la mort, l'axe des Solstices évoque davantage le Feu vs la Glace, le Soleil vs la Lune, le Jour vs la Nuit, etc. Cette paire archétypale est très connue même si pour les Celtes, l'axe central de l'Année reste bien celui de l'incarnation et de la mort.


On la retrouve dans différentes traditions ésotériques mais en réalité, toutes les cultures ont exploité cette symbolique du Soleil et de la Lune.




La symbolique demeure sensiblement la même quel que soit le temps ou l'espace ; C'est le Yang vs le Yin des taoïstes, l'extériorisation vs l'intériorisation, la Raison vs l'Intuition, le visible vs l'invisible, et toutes les symboliques associées à ces quelques exemples par ailleurs.


Avec le Solstice d'été, c'est donc le côté "Jour" qui est à l'honneur, l'extériorisation, la manifestation. Aujourd'hui, c'est la date choisie pour la Fête de la Musique et l'été est le temps des festivals et autres concerts en plein air. Les corps s'expriment par la danse, la joie, le rire, la séduction, etc. Les terrasses sont pleines et la bière coule à flots.

La Nature de son côté est aussi à plein régime. Les plantes sont en plein épanouissement sous les généreux rayons du Soleil et les arbres ont développé au maximum leur feuillage. Quant aux animaux, les nouveau-nés du Printemps sont désormais des jeunes qui imitent leurs aînés lorsqu'ils ne testent pas leurs limites.


Il y a d'ailleurs un côté très animal, "mobile", dans cette 3ème Fête calendaire de l'Année druidique. Et l'on retrouve également le côté "meute" propre à la jeunesse, ou encore l'esprit "tribu" que l'on peut affectionner à tout âge cette fois. C'est la fameuse "bande d'amis" qu'une série comme Friends a pu incarner.

Si le Printemps (1) symbolisait le processus d'individuation, Beltane (2) le principe de Relation, Tantad (3) symbolise l'interrelation des individus au sein d'un groupe (et plus généralement la relation de l'individu à la société).


Nous avions vu avec Beltane que la Relation est non seulement un principe inhérent à la vie incarnée mais aussi un moyen d'effectuer cette individuation. Dans le groupe ou la société, elle peut y apporter ses fruits, pour le bien commun, mais nous savons bien aussi que le groupe peut avoir l'effet de mettre au contraire un frein à l'individuation.


C'est la personne noyée dans la masse, c'est le lissage de soi pour mieux s'intégrer, c'est le jeu des apparences, etc. Il faut dire que l'enjeu -animal- est de taille : c'est une question d'instinct de survie que notre cerveau reptilien n'a pas oublié (le nombre fait la force entre autre), de survie autant physique que psychologique d'ailleurs.


Mais a-t-on bien conscience de ce que l'on sacrifie pour ce fameux sentiment d'appartenance..? ou encore de sécurité, physique ou affective ?


Ce que l'on sacrifie mais aussi ce que l'on fuit...


L'appartenance à la meute, quelle qu'elle soit, est très tentante du fait de la zone de confort qu'elle permet, même lorsque cette zone de confort consiste à être soumis et effacé au sein de cette dernière. Qu'importe, "je" ne suis pas isolé, "je" ne suis pas seul, "je" ne me retrouve pas face à moi !


Dans le groupe, j'exprime avant tout mon côté solaire, mes beaux atours ; on force certains traits de personnalité jusqu'à ce qu'on nous résume à ces quelques traits... et là est le plus grand danger du groupe il nous semble. Une fois ces quelques traits ébauchés, il se passe peu de temps pour qu'ils soient noircis ad vitam aeternam par le groupe. Et ce qui était au début un signe de reconnaissance, une manière de s'intégrer, devient un carcan dont il est extrêmement difficile de s'extirper au sein du groupe en question.


Le jeu des masques devient alors bien visible mais l'on s'en accommode, encore une fois la récompense est de taille pour l'homme-animal. On retrouve même ces "traits de personnalité" au niveau d'une nation toute entière ! Parfois, nous entendons même : "l'Homme est ainsi".


Pourquoi pas après tout, tant qu'il y a de la conscience derrière cela. Cependant, lorsque cette conscience (dont le Soleil est aussi un symbole) arrive, on sent bien quand même que quelque chose cloche là-dedans... Comme la sensation de ne pas être réellement soi-même sur la scène de théâtre, comme la sensation de ne même plus savoir qui est ce "soi-même" !


Alors les moments solitaires d'introspection deviennent salutaires ; c'est la fameuse retraite qui permet de revenir à l'essentiel. Et parfois, à l'extrême, cette retraite devient permanente. L'ermite, s'il vainc le sentiment de solitude, peut alors devenir très lumineux. Mais qu'en serait-il s'il revenait au sein de la tumultueuse société ?


Il semble que pour arriver à Imbolc, au fruit de la Connaissance, les étapes ne puissent être évitées. Le 3 doit être affronté et peut dans certains cas, accompagner le processus d'individuation. Mais le groupe en question doit être composé d'individus ayant la même intention, celle de ne pas considérer le groupe comme une oasis permanente, comme un moyen de fuir sans cesse le désert.


Dans un tel groupe, les beaux atours sont vite mis de côté et l'on se concentre plutôt sur les ombres qui nuancent, sur ce qu'on aimerait lisser, cacher. Les uns et les autres s'aident mutuellement à mettre en lumière ces ombres, non dans un mauvais esprit bien sûr, mais plutôt dans l'esprit solidaire d'aider l'autre à voir ce qu'il se cache à lui-même... Dans ce cas, un groupe ainsi constitué est un amplificateur du feedback évoqué lors de Beltane, et donc une source inestimable pour l'individu en formation consciente.


Cependant, puisque nous en arrivons au 3 qui transcende la dualité, attention de ne pas séparer les choses à l'excès ou encore de tomber dans un piège encore plus grand. Parfois, des groupes se disent travailler dans un esprit de "libération", avec un bel emballage spirituel. Le genre de groupe où l'on se suicide tous joyeusement ensemble. Mais sans aller jusqu'à cet extrême, combien de groupes de ce type tendent à reproduire une nouvelle zone de confort, une nouvelle zone d'entre-soi... ou encore de beau vernis, qui craque bien comme il faut dès qu'on se retrouve avec d'autres "qui ne sont pas sur le même chemin".


Mais nous sommes tous sur le chemin... la Roue tourne pour tous ! Un tel groupe peut être un "lieu" privilégié pour se rencontrer plus activement et totalement, mais en aucun cas un nouveau moyen de s'extirper du reste du monde. Sachant qu'il y a toujours, à un niveau ou à un autre, quelque chose qui nous appartient dans ce que l'on rejette chez l'autre...


A l'inverse, ne sous-estimons pas la Joie qui peut régner dans un tel groupe, l'Amitié bien plus profonde qui peut alors éclore lorsque les jeux d'affects sont évités ; et à un autre niveau, la force considérable que peut induire une telle réunion d'êtres. Celle qui consiste à résister à la coercition collective notamment, qui tend à l'uniformisation quelle qu'elle soit. Dans ce cas, l'individu seul peine à résister, car dans la Société, chacun est un geôlier pour l'autre... et cela avec une rare violence... le plus souvent inconsciente.

Tantad, la fête du Feu... cet élément que l'Homme sait tout juste utiliser mais sûrement pas maîtriser ! Le Feu qui met à l'épreuve, qui peut tout réduire en cendres -pour mieux renaître- est aussi le Feu de la Joie, de l'enthousiasme (littéralement "Dieu en soi"), du partage. Aujourd'hui, les préhistoriens pensent que c'est autour du foyer que l'Homme a développé le langage et tout ce qu'il implique. Le soir, les membres de la tribu se réunissaient sûrement autour de lui pour partager les aventures de la journée, pour rire, pour faire de la musique, pour danser, ou alors pour modifier leur état de conscience, le regard dans les braises... Cela a duré des centaines de milliers d'années ! Peut-on imaginer l'impact sur l'inconscient humain ?


L'été, le Soleil est Roi et le Feu dont il est question ici est un feu terrestre. Notons qu'il n'est pas seulement celui qui mûrit les blés et les fruits, mais aussi celui qui couve sous la surface de notre Sphère et qui participe à la formation de bien des trésors... que le Dragon garde jalousement ! Ce même dragon qui ne sort de sous la surface que pour brûler et détruire. L'été propose ce défi de ne pas refuser l'extériorisation du Feu, tout en ne se laissant pas dévorer par lui !


Une extériorisation à l'excès (et les excès tout court) devra toujours être rééquilibrée l'Hiver venu... souvent à coup de Prozac ! L'inverse étant vrai aussi, celui qui craint l'extériorisation du Feu, le lâcher-prise de la Danse qui court le long de l'échine, paiera également le prix. Et dans notre société où l'excès est si mal vu, où rien ne doit faire trop de bruit... surtout ne pas déranger (mais est-on bien sûr de ce qu'on ne souhaite pas déranger..?) l'été est plutôt l'occasion de lâcher les rênes !


De même, intérieurement, l'harmonie doit sûrement être de mise entre le Soleil et la Lune, entre la si toute-puissante Raison de notre époque, vs les Mystères de la Lune... entre le culte du corps et de la performance, et les joyaux de l'âme qui demandent davantage de patience et de tendresse pour s'épanouir... moins de bruit pour les recevoir également...



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